Tour du monde : quel budget et comment se préparer
budget

Tour du monde : quel budget et comment se préparer

7 min de lecture

“Un jour je ferai le tour du monde.” J’ai dit ça pendant des années. Puis j’ai rencontré des gens qui le faisaient — pas des rentiers ou des héritiers, mais une instit en sabbatique, un développeur freelance, un couple qui avait mis de côté pendant deux ans. J’ai réalisé que ce n’était pas une question de chance ou de richesse. C’était une question d’organisation.

Je l’ai fait. Huit mois, 14 pays, un budget qui m’avait paru inaccessible et qui s’est révélé tout à fait réaliste.

Voici ce que j’ai appris.

D’abord : combien de temps ?

La durée définit tout le reste — le budget, l’itinéraire, le type de visa, l’organisation logistique.

3 mois : un vrai tour du monde est difficile en 3 mois si vous voulez aller au-delà de 4-5 pays. C’est davantage un “grand voyage” avec deux à trois régions. Faisable pendant un congé sabbatique ou entre deux emplois.

6 mois : c’est la durée standard pour un vrai tour du monde. Suffisant pour couvrir 3 à 4 continents avec du temps dans chaque pays.

1 an et plus : le rêve complet. Certains paient moins cher qu’un 6 mois parce qu’ils ralentissent, travaillent en chemin (work & travel, freelance), et s’installent dans des endroits peu chers.

La règle générale : plus vous voyagez lentement, moins ça coûte. Un voyageur qui change de pays tous les 4 jours dépense bien plus qu’un autre qui passe 3 semaines au même endroit.

Le budget réel d’un tour du monde

Parlons chiffres. Il n’existe pas un seul budget pour un tour du monde — ça dépend des destinations choisies, du style de voyage, et de vos habitudes.

Les zones de coût

Zones peu chères : Asie du Sud-Est (Thaïlande, Vietnam, Indonésie, Cambodge), Asie du Sud (Inde, Népal), Amérique Centrale et du Sud (hors villes touristiques), Europe de l’Est.

Ici, un voyageur budget peut s’en sortir avec 30 à 50 €/jour tout compris (hébergement, nourriture, transport local, activités).

Zones moyennes : Japon, Australie, Nouvelle-Zélande, Amérique du Nord, Europe Occidentale.

Comptez 80 à 150 €/jour dans ces zones — davantage en Australie ou en Scandinavie.

Les vols longue distance : c’est le poste qui surprend le plus. Pour un tour du monde de 6 mois avec 5 à 7 vols intercontinentaux, comptez entre 2 000 et 5 000 € de vols selon les destinations et la façon dont vous achetez.

Les billets “Tour du Monde” d’Alliance Star ou OneWorld permettent de faire plusieurs continents avec un seul billet (3 à 5 étapes), à un prix fixe. Ils sont intéressants mais peu flexibles. Comparez toujours avec l’achat de vols séparés.

Estimation par profil

Budget serré (auberges de jeunesse, cuisine locale, éviter les zones chères) :

  • Asie du Sud-Est (3 mois) : ~3 000-4 500 €
  • Océanie/Australie (6 semaines) : ~3 000-4 000 €
  • Amérique du Sud (2 mois) : ~3 000-4 500 €
  • Vols entre zones : ~2 500-4 000 €
  • Total 6 mois : 12 000 à 17 000 €

Budget confort (hôtels 2-3 étoiles, quelques restaurants, activités) :

  • Total 6 mois : 20 000 à 30 000 €

Ces chiffres incluent les vols, l’hébergement, la nourriture, les activités, les visas et les transports locaux. Ils n’incluent pas l’équipement acheté avant le départ, les vaccins, l’assurance voyage.

L’assurance voyage : ne partez pas sans

C’est le poste qu’on a envie de réduire — et c’est une très mauvaise idée.

Pour un tour du monde de 6 mois, une bonne assurance voyage coûte entre 400 et 900 € selon les couvertures. Elle doit impérativement inclure :

  • Frais médicaux et hospitalisation (minimum 200 000 €, idéalement illimité)
  • Rapatriement médical (les évacuations coûtent facilement 30 000 €)
  • Annulation et retard de vol
  • Perte ou vol de bagages

Les assureurs spécialisés dans les longs voyages : Chapka Assurances, AVA, Battleface, World Nomads. Comparez sur comparateur comme Assurland ou directement sur les sites.

Une mise en garde : vérifiez les exclusions. Certains sports d’aventure (moto, plongée, randonnée en altitude) sont exclus par défaut sur les contrats standards.

Construire son itinéraire

Le sens logique : suivez le vent

L’organisation géographique doit minimiser les “backtracking” — revenir en arrière sur vos pas. Le tour du monde classique suit une direction : Europe → Asie → Océanie → Amérique → retour. Ou l’inverse. Ça permet d’enchaîner les vols logiquement.

Prévoyez des “bases” dans chaque région

Plutôt que de changer de pays tous les 5 jours, choisissez une “base” par région où vous revenez régulièrement : Bangkok pour l’Asie du Sud-Est, Bali pour l’Océanie proche, Buenos Aires pour l’Amérique du Sud. Ça réduit les coûts de transport et la fatigue du mouvement permanent.

Laissez 20 % de votre itinéraire ouvert

Sur un long voyage, vous allez rencontrer des voyageurs qui parlent d’un endroit dont vous n’avez pas entendu parler, tomber amoureux d’un village prévu pour 3 jours et y rester 10, ou devoir adapter suite à une météo, une maladie, une opportunité imprévue. Un itinéraire trop rigide est source de stress. Une structure souple avec des dates d’entrée/sortie de grandes régions, et du flou à l’intérieur.

Les visas : s’organiser à l’avance

La question des visas est souvent sous-estimée. Certains pays nécessitent une demande plusieurs semaines à l’avance, d’autres un passage à l’ambassade en personne.

Les grands incontournables à anticiper :

  • Inde : visa électronique (e-Visa), demande en ligne, 72 heures minimum avant l’entrée
  • Australie : ETA (Electronic Travel Authority) pour les ressortissants français, à demander en ligne
  • États-Unis : ESTA pour 90 jours max, valable 2 ans, 21 $ — à demander 72h minimum avant le départ
  • Brésil : visa supprimé pour les Français depuis 2024 — entrée sans visa pour 90 jours
  • Japon : sans visa pour les Français pour 90 jours (programme de 2025)
  • Vietnam : e-Visa en ligne (90 jours), environ 25 $

Consultez le site du ministère des Affaires étrangères français (diplomatie.gouv.fr) pour chaque pays prévu dans votre itinéraire.

Travailler en voyage : rêve ou réalité ?

Certains financent une partie de leur tour du monde en chemin.

Le work & travel est surtout disponible en Australie, Nouvelle-Zélande et Canada — des pays qui proposent des visas vacances-travail (PVT) aux jeunes de moins de 35 ans. L’Australie est la destination la plus populaire : salaire minimum élevé (~22 AUD/heure), emplois accessibles dans la restauration, l’agriculture, l’hôtellerie.

Le freelance en voyage (nomadisme numérique) fonctionne si vous avez une compétence vendable en ligne : développement web, rédaction, graphisme, traduction, consulting. Le défi est de gérer le décalage horaire avec vos clients français et de trouver du wifi fiable — ce qui est maintenant beaucoup plus facile qu’avant.

Workaway et Worldpackers permettent d’échanger quelques heures de travail quotidien (cuisine, jardinage, accueil) contre le logement et parfois la nourriture. Ce n’est pas pour économiser énormément, mais pour ralentir dans un endroit, rencontrer des locaux et des voyageurs, et souffler du rythme du voyage.

Ce que personne ne vous dit sur le retour

Partir pour un tour du monde, c’est une décision. Revenir, c’est une autre décision que peu de gens anticipent.

Après 8 mois, je suis rentrée avec 6 000 € en poche, un appartement à retrouver, et un vide que je n’avais pas prévu. Le “retour” est un choc souvent décrit par les grands voyageurs — le “reverse culture shock”. La vie ordinaire paraît terne après des mois d’intensité permanente.

Ce qui aide : prévoir quelque chose à rentrer pour. Un projet, un voyage plus court dans les semaines qui suivent, retrouver ses amis. Et accepter que la réintégration prenne quelques semaines.

Mais tout ça, on s’en fiche quand on est en train de regarder le lever du soleil sur Angkor, ou de manger un bun cha à Hanoï, ou de regarder les étoiles dans le désert d’Atacama.

Ça vaut tous les sacrifices.

Par où commencer concrètement

Si vous êtes sérieux dans l’idée :

  1. Posez une date — même approximative. “Dans deux ans, je pars” est bien plus concret que “un jour”.
  2. Calculez combien vous devez mettre de côté par mois pour atteindre votre budget cible.
  3. Renseignez-vous sur le congé sabbatique (en France : 6 à 11 mois pour les CDI de plus de 3 ans) ou sur les options de démission/reconversion.
  4. Commencez à rechercher les visas qui nécessitent une préparation longue.
  5. Rejoignez des communautés de voyageurs longue durée — le forum Grand Voyageur, les groupes Facebook “Tour du Monde”, les Reddits r/solotravel.

Le tour du monde ne se prépare pas en trois jours, mais il se prépare. Et cette préparation fait partie du voyage.

Camille Laurent

Écrit par

Camille Laurent

Globe-trotteuse depuis 10 ans et ancienne agente de voyages, Camille a visité plus de 40 pays. Elle partage ses itinéraires testés, ses bons plans et ses conseils pour voyager malin.