J’ai mis des années avant d’aller au Japon. L’idée me fascinait autant qu’elle m’intimidait — une langue indéchiffrable, une culture aux codes si différents des nôtres, une organisation réputée impeccable mais complexe à anticiper. Et puis un soir, j’ai réservé mon billet. Ce fut le meilleur voyage de ma vie. Si vous hésitez encore, j’espère que ce guide fera pencher la balance.
Pourquoi le Japon mérite-t-il ce voyage ?
Le Japon est l’un de ces rares pays qui tient toutes ses promesses. L’efficacité des transports, la propreté des villes, la politesse universelle des habitants, la gastronomie d’une richesse inouïe à tous les budgets, le choc permanent entre tradition millénaire et hyper-modernité — chaque journée réserve des surprises. On rentre du Japon différent, avec l’impression d’avoir reconfiguré sa façon de voir le monde.
Les formalités avant le départ
Le visa
Bonne nouvelle : les ressortissants français n’ont pas besoin de visa pour un séjour touristique de moins de 90 jours. À l’entrée, on vous remet une carte de séjour temporaire. Gardez votre passeport valide encore 6 mois après votre retour.
Santé et vaccins
Aucun vaccin n’est obligatoire. Les vaccins contre l’hépatite A et B, la typhoïde et la rage sont conseillés si vous partez en zone rurale ou pour un long séjour, mais pour un circuit classique, votre carnet de vaccination français standard suffit largement.
L’argent au Japon
Le Japon reste encore très orienté vers l’espèce. Emportez des yens en cash — la plupart des restaurants traditionnels, petites boutiques et automats ne prennent que le liquide. Les DAB des convenience stores (7-Eleven, Lawson, FamilyMart) acceptent les cartes étrangères et vous permettent de retirer facilement. Les cartes de crédit sont acceptées dans les hôtels, grands magasins et restaurants internationaux.
Taux de change : le yen est relativement bas ces dernières années par rapport à l’euro, ce qui rend le Japon plus accessible qu’il ne l’était historiquement.
Le JR Pass : faut-il l’acheter ?
Le Japan Rail Pass est un forfait illimité sur les trains JR (y compris la majorité des Shinkansen) vendu uniquement aux touristes étrangers. Il se calcule rapidement :
| Durée | Prix environ | Rentable si… |
|---|---|---|
| 7 jours | 350 € | Au moins 2 trajets Shinkansen longue distance |
| 14 jours | 550 € | Circuit multi-villes (Tokyo–Kyoto–Hiroshima–Osaka) |
| 21 jours | 700 € | Grand tour avec Hokkaido ou Kyushu |
Si vous faites Tokyo–Kyoto aller-retour, le pass 7 jours est rentable dès le premier trajet. Achetez-le avant de partir — depuis peu, il est possible de l’acheter sur place, mais c’est plus cher.
L’itinéraire classique : Tokyo, Nikko, Hakone, Kyoto, Osaka
Tokyo (4–5 jours)
Tokyo est une galaxie, pas une ville. Avec ses 37 millions d’habitants dans l’agglomération, elle est pourtant remarquablement lisible une fois qu’on comprend son organisation en quartiers, chacun avec sa personnalité propre.
Quartiers à ne pas manquer :
- Shinjuku : la ville dans la ville, avec son Kabukicho électrique, ses bars dorés et ses jardins zen à deux pas
- Shibuya : le fameux carrefour piéton, le quartier du shopping et de la jeunesse branchée
- Asakusa : le Tokyo historique, avec le temple Sensoji et ses ruelles commerçantes d’artisanat
- Akihabara : l’univers manga, anime et électronique — même si vous n’êtes pas fan, ça vaut le coup d’œil
- Yanaka : le vieux Tokyo survivant, avec ses maisons à colombages et son cimetière enchanteur
Montez en haut de la Tokyo Skytree ou de la Tokyo Tower pour saisir l’étendue du monstre. Perdez-vous dans les arcades couvertes de Nakameguro ou Koenji. Goûtez un ramen dans un comptoir au sous-sol de gare, des yakitori sous les voies ferrées d’Yurakucho, des sushis chez un artisan du marché de Tsukiji.
Nikko ou Hakone (1–2 jours)
Nikko, à 2h de Tokyo en train, héberge les mausolées Toshogu, parmi les édifices les plus dorés et les plus ornés du Japon — une débauche baroque fascinante dans un cadre forestier impressionnant.
Hakone, au pied du Mont Fuji, propose onsen, vues sur la montagne sacrée (si le temps le permet — la météo est capricieuse), musée en plein air de sculptures et traversée du lac Ashi en bateau à vapeur. Une étape parfaite pour un premier contact avec les sources thermales.
Kyoto (3–4 jours)
Kyoto fut la capitale impériale pendant onze siècles, et ça se voit. La ville concentre plus de 1 600 temples bouddhistes et 400 sanctuaires shinto. Il faut choisir, car vouloir tout voir épuise sans rien laisser de mémorable.
Mes incontournables :
- Fushimi Inari : les milliers de torii vermillon qui montent vers la montagne — arrivez avant 7h du matin pour l’avoir presque pour vous
- Arashiyama : la bambouseraie, le temple Tenryuji et ses jardins zen, la balade le long de la rivière Oi
- Kinkakuji : le pavillon d’or, kitch mais impressionnant dans son reflet sur l’étang
- Gion : le quartier des maikos et geikos, surtout en fin d’après-midi quand elles se déplacent d’une okiya à l’autre
- Philosopher’s Path : la promenade le long du canal de Biwa, bordée de cerisiers — sublime au printemps
Nara (demi-journée depuis Kyoto ou Osaka)
Les daims sacrés de Nara se promènent librement dans le parc et mendient des gâteaux de riz aux visiteurs avec une assurance déconcertante. Le Grand Bouddha en bronze du Todaiji est impressionnant. Une demi-journée suffit amplement.
Osaka (2 jours)
Osaka est l’antithèse de Tokyo dans sa convivialité débridée. Les Osakiens ont la réputation d’être les plus chaleureux du Japon, et la gastronomie est ici portée au rang de religion laïque : takoyaki, okonomiyaki, kushikatsu, ramen… Le quartier de Dotonbori la nuit, avec ses enseignes géantes et ses néons, est un spectacle en soi.
Comprendre les codes culturels japonais
Les règles tacites à respecter
Beaucoup de voyageurs s’inquiètent de commettre des impairs au Japon. La plupart des Japonais sont indulgents avec les étrangers, mais quelques règles de base s’imposent :
- Dans les transports : ne pas téléphoner (sauf urgence), mettre son portable en mode silencieux, ne pas manger sur les lignes longue distance
- Dans les temples et ryokans : enlever ses chaussures à l’entrée (des pantoufles sont généralement fournies), s’observer dans les onsen (pas de maillot, corps propre avant d’entrer dans le bain commun)
- Pour les pourboires : le pourboire n’existe pas au Japon et peut même être perçu comme une insulte — ne laissez pas d’argent sur la table
- Les deux mains : offrir et recevoir quelque chose (carte de visite, cadeau, monnaie) à deux mains est un signe de respect
La barrière de la langue
L’anglais n’est pas répandu hors des grandes villes touristiques. Mais les Japonais compensent cela par une patience infinie et une capacité à communiquer par gestes et par pictogrammes. Google Translate (avec le mode caméra pour les menus) et des applications comme HyperDia ou Google Maps (avec le mode transport en commun) résolvent 90% des situations. Apprendre quelques mots de base (arigatou gozaimasu, sumimasen, ikura desu ka) est toujours très apprécié.
Où dormir : les différentes options
| Hébergement | Prix moyen | Expérience |
|---|---|---|
| Capsule hotel | 25–45 €/nuit | Unique, urbain, minimaliste |
| Auberge de jeunesse | 30–60 €/nuit | Social, central |
| Business hotel | 70–120 €/nuit | Propre, efficace, bien situé |
| Ryokan (standard) | 120–250 €/nuit | Tatamis, yukata, dîner kaiseki |
| Ryokan premium | 300 €+ /nuit | Expérience japonaise authentique |
Réserver son ryokan à l’avance est indispensable — les meilleurs affichent complet des mois à l’avance, surtout pendant la saison des cerisiers (fin mars–début avril) et des érables (novembre).
Quand partir au Japon
Le Japon se visite toute l’année, mais deux périodes sont à éviter : les Golden Week (fin avril–début mai) où tout est plein et les prix explosent, et le mois d’août, torride et humide. Les deux saisons d’or sont :
- Printemps (mi-mars à mi-avril) : la saison des cerisiers, magique mais à réserver des mois à l’avance
- Automne (octobre–novembre) : les érables rouges et orangés, températures idéales, lumière sublime
Budget pour un premier voyage
Un voyage au Japon n’est pas forcément ruineux si l’on sait où chercher. Les transports (surtout avec le JR Pass), l’hébergement en business hotel et les repas dans les restaurants familiaux (teishoku à moins de 10 €) permettent de voyager convenablement pour 100–130 € par jour tout compris. Côté raffinement, les sushis de comptoir de qualité oscillent entre 20 et 50 € — quand l’équivalent parisien serait trois fois plus cher.
Le Japon reste l’un des rares pays où manger bien ne coûte pas cher. Les convenience stores (konbini) sont d’ailleurs des trésors gastronomiques accessibles 24h/24 : onigiri, bento chauds, sandwichs, pâtisseries — certains repas pris là-dedans restent dans mes meilleurs souvenirs de voyage.
Préparez bien, mais ne surplanifiez pas. Le Japon récompense les heureux hasards — le temple sans touristes découvert au détour d’une ruelle, la conversation par gestes avec un retraité dans un parc, l’izakaya sans menu anglais où l’on mange ce que le patron prépare. C’est dans ces moments-là que le voyage devient inoubliable.

