Quand j’ai atterri à Reykjavik en février, la première chose que j’ai vue à travers le hublot, c’était une île noire et blanche, sans arbres, avec des panaches de vapeur qui sortaient du sol. Je me souviens avoir pensé : “Mais qu’est-ce que je fais là ?” Deux semaines plus tard, en repartant, j’aurais volontiers annulé mon vol.
L’Islande, ça ne ressemble à rien d’autre. Et la Route 1 — la Ring Road — est sans doute la route la plus impressionnante que j’aie jamais conduite.
Ce qu’est la Route 1 en pratique
La Route 1 (ou Ring Road, ou Route nationale 1) fait le tour complet de l’île sur environ 1 340 kilomètres. Elle passe par les quatre points cardinaux, longe des glaciers, traverse des champs de lave, contourne des fjords et relie entre elles toutes les grandes régions du pays.
Elle est entièrement goudronnée, ce qui est une bonne nouvelle. Mais attention : les routes secondaires qui en partent — notamment les pistes F (Fjallvegur) vers l’intérieur — sont réservées aux 4x4. Si vous prenez une petite citadine, restez sur la Route 1 et les routes numérotées sans F.
La durée minimale raisonnable : 10 jours. Pour faire ça bien, comptez 14 à 21 jours. J’ai fait le tour en 16 jours et j’ai encore des endroits non visités sur ma liste.
Quelle saison choisir
L’été (juin-août)
C’est la haute saison, et ça se voit au portefeuille. Les hébergements coûtent facilement deux fois plus qu’en intersaison, et les sites touristiques comme Geysir ou la Lagune Bleue sont bondés. En revanche, vous profitez du soleil de minuit (oui, le soleil ne se couche quasiment pas en juin), toutes les routes sont praticables, et les Hautes Terres sont accessibles.
Le printemps et l’automne (mai et septembre-octobre)
Mon moment préféré. Les prix baissent, la lumière est fantastique — douce et rasante —, et les aurores boréales commencent à apparaître à partir de fin août. En mai, attention : certains cols de montagne peuvent encore être fermés.
L’hiver (novembre-mars)
C’est la saison des aurores boréales, mais aussi des tempêtes, des routes fermées et des journées de 4 heures. Je ne le recommande pas pour un premier voyage, sauf si vous venez spécifiquement pour les aurores et êtes prêts à adapter votre itinéraire en temps réel.
L’itinéraire : sens des aiguilles d’une montre ou anti-horaire ?
La plupart des guides recommandent de faire la Route 1 dans le sens des aiguilles d’une montre (en partant vers le sud depuis Reykjavik). Je suis d’accord pour une raison pratique : les attractions les plus concentrées — la Côte Sud, le Parc National de Vatnajökull — sont à l’est et au sud, et il vaut mieux les atteindre frais plutôt qu’en fin de voyage.
Mais honnêtement, ça n’a pas une grande importance. L’île est un circuit, vous passerez par les mêmes endroits dans les deux sens.
Étape par étape : les incontournables
Reykjavik et les environs (1-2 jours)
La capitale islandaise est petite — 130 000 habitants — mais vivante. Incontournables :
- La Hallgrímskirkja, l’église luthérienne qui domine toute la ville
- Le quartier du vieux port, Grandi, reconverti en restaurants et musées
- Le musée national, pour comprendre l’histoire viking avant de partir
À une heure de route se trouve le Cercle d’Or : Geysir (le vrai, pas le touriste-trap à côté), la cascade de Gullfoss, et le Parc National de Þingvellir où vous pouvez plonger entre les deux plaques tectoniques. C’est extraordinaire — et glacé.
La Côte Sud (2-3 jours)
C’est la section que je préfère. La route longe des cascades qui tombent directement sur la route — Seljalandsfoss, qu’on peut contourner par derrière, et Skógafoss, massive, bruyante, parfaite.
Plus à l’est, la plage de sable noir de Reynisfjara avec ses colonnes de basalte. Et Jökulsárlón, la lagune glaciaire où des icebergs de toutes tailles flottent lentement vers la mer. Juste à côté, Diamond Beach, où les blocs de glace s’échouent sur le sable noir.
J’ai passé deux heures à Diamond Beach à regarder les icebergs. Le temps s’arrête là-bas.
Le Parc National de Vatnajökull (1-2 jours)
Le plus grand parc national d’Europe (après la récente extension). Vatnajökull est le plus grand glacier d’Islande — ses langues glaciaires descendent de partout. Svínafellsjökull, accessible facilement depuis la Route 1, donne une idée de ce que c’est que de marcher sur de la glace bleue.
Si vous voulez faire une randonnée guidée sur le glacier, réservez à l’avance, surtout en été.
L’Est : les fjords de l’Est (1-2 jours)
C’est la section la moins touristique, et c’est exactement pour ça qu’elle mérite qu’on s’y attarde. La route serpente entre des fjords étroits, des petits villages de pêcheurs, des montagnes qui plongent dans la mer. Egilsstaðir est la ville principale — pas très belle, mais pratique comme base.
Mon coup de cœur : le village de Seyðisfjörður, relié par une route de montagne. Coloré, avec une église bleue, des maisons peintes, des artistes qui y vivent à l’année.
Le Nord : Mývatn et Akureyri (2-3 jours)
Le lac Mývatn est un des endroits les plus géologiquement actifs que j’aie jamais vus. Des champs de lave, des pseudo-cratères, des sources chaudes, des boues bouillonnantes. On passe d’un paysage lunaire à un autre en moins d’une heure de route.
Akureyri est la “capitale du nord”, une petite ville agréable pour souffler entre deux étapes. Et au nord d’Akureyri, la cascade de Goðafoss — la cascade des dieux — est l’une des plus belles du pays.
La Péninsule de Snæfellsnes (2 jours, détour recommandé)
Techniquement, ce n’est pas sur la Route 1. Mais si vous avez le temps, cette péninsule qui part vers l’ouest depuis Borgarnes vaut absolument le détour. Le glacier Snæfellsjökull (celui de Jules Verne dans “Voyage au centre de la Terre”) domine une péninsule de volcans, de plages de lave noire et de falaises à oiseaux.
Budget pour la Route 1
L’Islande est un des pays les plus chers d’Europe. Il faut l’accepter avant de partir.
- Location de voiture : 50 à 120 €/jour selon la saison et le modèle. Un 4x4 en été peut monter à 200 €/jour.
- Essence : environ 2,10 €/litre. Faites le plein dès que possible, les stations sont parfois espacées de 100 km.
- Hébergement : auberges de jeunesse à partir de 40 €/nuit, hôtels entre 120 et 300 €/nuit. En été, les guesthouses se remplissent vite — réservez des mois à l’avance.
- Nourriture : un repas au restaurant : 20-35 €. Les supermarchés Bónus (reconnaissables au cochon rose) sont vos alliés.
Pour 14 jours en mode raisonnable (guesthouse, voiture normale, quelques restos) : comptez 2 500 à 3 500 € par personne tout compris, hors billet d’avion.
Quelques conseils pratiques
La météo est imprévisible. En une heure, il peut faire soleil, neiger, venter à 80 km/h et redevenir beau. Emportez des couches, un imperméable sérieux, et regardez le site vedur.is tous les matins.
Réservez les hébergements. En été, ça peut être complet des mois à l’avance, surtout sur la Côte Sud. J’ai connu des voyageurs qui dormaient dans leur voiture faute d’avoir réservé.
Téléchargez l’appli 112.is. C’est l’appli officielle islandaise des secours en montagne. Elle permet de s’enregistrer avant une randonnée — et ça peut sauver des vies.
Évitez de sortir de la route. La mousse islandaise met des centaines d’années à se former. Marcher dessus, c’est la détruire pour des générations. L’amende pour rouler hors-piste : 500 000 couronnes islandaises (environ 3 000 €).
Ce que je referais différemment
Mon erreur principale : avoir sous-estimé les distances. Sur la carte, l’île paraît petite. Mais entre les routes sinueuses, les arrêts photos, les détours imprévus et la fatigue, on avance moins vite qu’on ne pense. La prochaine fois, je réserverai au moins un jour de marge.
L’autre chose : j’aurais réservé une nuit dans une cabane de berger dans les Fjords de l’Ouest. C’est la région la plus reculée et la moins touristique de l’île, que j’ai zappée faute de temps. Ce sera pour le prochain voyage.
L’Islande est un de ces endroits qui restent. Pas dans les photos — dans la façon dont on se souvient de la lumière, du silence, du froid sur le visage et de cette impression d’être au bout du monde.

